| Le Graal, que certains considèrent comme un avatar
christianisé du chaudron du Dagda – talisman antique de
la mythologie celtique – apparaît pour la première fois
sous forme littéraire dans Perceval ou le Conte du Graal
de Chrétien de Troyes (XIIe siècle). Perceval, dans le
château du Roi Pêcheur (le « Roi Méhaignié ») voit un
valet tenant une lance blanche avec une goutte de sang
qui perlait de sa pointe de fer, deux autres jeunes
hommes tenant des chandeliers d'or fin incrustés de
nielles, une belle demoiselle tenant un graal (qui
répandit une telle clarté que les chandelles en
perdirent leur éclat), d'or fin très pur enchâssé par
des rubis rouge sang (Lire une traduction en français
moderne du passage concernant le cortège du Graal).
Perceval échoue à l'épreuve du Graal puisqu'il garde le
silence devant cette apparition, au lieu de demander
pourquoi la lance saigne et à qui on apporte ce
récipient (voir texte en ancien français, ci-dessous).
Aucune signification de cette énigme symbolique n'est
avancée par Chrétien de Troyes. Ses continuateurs
interpréteront chacun à leur façon, en rattachant
généralement ce récipient au sacré chrétien.
Dans ce conte, lorsque Perceval se rend au château du
Roi pêcheur : un valet d'une chambre vint, qui une
blanche lance tint … la lance blanche et le fer blanc,
s'assoit une gote de sang … I. graal antre ses .ii.
mains une dameisele tenoit…. Perceval relate ensuite cet
épisode à la cour du roi Arthur : Chiés le Roi Pescheor
alas, si veïs la lance qui sainne, et si te fu lors si
grant painne d'ovrir ta boche et de parler que tu ne
poïs demander por coi cele gote de sanc saut par la
pointe del fer blanc ! Et le graal que tu veïs, ne
demandas ne anqueïs quel riche home l'an an servoit.,
puis chez un ermite : Sire, chiés le Roi Pescheor fui
une foiz, et vi la lance don li fers sainne sanz dotance,
et del graal que ge i vi ge ne sai cui l'an an servi.
Une continuation du texte, la Rédaction courte de
pseudo-Wauchier de Denain, explique que le Graal donne à
chacun les nourritures qu'il désire, et l'associe avec
la Sainte Lance qui a percé le flanc du Christ sur la
croix (dont li fius Diu fu voirement ferus tres parmi le
costé). Pour Wolfram von Eschenbach, comme il le
présente dans son Parzival, le Graal est une pierre dont
le nom ne se traduit pas : « Lapsit Exillis ». Certains
auteurs ont voulu le traduire par « Lapis Exilis » ou «
Lapis Ex Coelis ». Lapis exilis, lapis ex coelis,
émeraude tombée, selon la légende, du front de Lucifer,
qui, creusée en vase, recueillit le sang du Christ
s'écoulant des cinq plaies.
Enfin, c'est Robert de Boron, au début du XIIIe
siècle, qui explique dans L'estoire dou Graal que le
Graal n'est autre que le Saint Calice, c'est-à-dire la
coupe avec laquelle Jésus-Christ a célébré la Cène et
dans laquelle a ensuite été recueilli son sang, coupe
évoquée, sans lui donner de nom, par de nombreux écrits
apocryphes tels les Gesta Pilati contenus dans le
Pseudo-Évangile de Nicodème.
Emporté en terres lointaines (voire sur l'île de
Bretagne) par Joseph d'Arimathée, le « Saint Graal » (le
Graal en tant que Saint Calice) devient le centre d'un
mystère (car l'objet est d'abord caché puis perdu)
auquel certains élus participent autour d'une table
ronde — d'où l'intégration dans les récits de la Table
ronde. Cette christianisation de la légende du Graal est
parachevée par la Queste del Saint-Graal, roman anonyme
écrit vers 1220, probablement par un moine, qui fait du
Graal la Grâce divine. Effectivement selon la légende,
celui qui boit dans cette coupe accède à la vie
éternelle, donc à l'immortalité.
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